Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées

Réhabilitation et extension du siège de la Caisse d'Epargne - Sélectionné pour les ADC Awards 2014

Toulouse 31
  • Maître d'ouvrage: Caisse d'Epargne
  • Maître d'œuvre: Taillandier Architectes Associés
  • Surface: 5500 m²
  • Budget: 11M€
  • Date: livraison 2013

Incarnation de l’architecture institutionnelle haussmannienne – entre représentation et apparat – la Caisse d’Epargne et de Prévoyance construite à la Belle Epoque dans le quartier des Carmes à Toulouse a endossé l’an dernier ses nouveaux habits de siège régional de la banque. L’intervention résolument contemporaine de l’agence Taillandier sert(it) avec respect et originalité son héritage patrimonial.

Architecture de Classe(s)

Davantage connue pour ses édifices en briques et tuiles canal, la ville rose cédera à son tour à la vague architecturale initiée par le Baron Haussmann. L’ancien couvent des Carmes démembré à la Révolution sera finalement rasé pour laisser place en 1982 à un marché couvert à la halle octogonale signée par Charles Cavé. A l’angle des rues du Languedoc (qui le longue) et du Canard, la Caisse d’Epargne et de Prévoyance établit en 1905 son agence toulousaine, commandée à Joseph Gilet. Modeste par sa taille – à peine 13,50 m de profondeur – elle déploie à contretemps tout le faste identitaire des établissements « modernes » de première classe (grands magasins, banques, postes…) venus ponctuer la révolution urbaine du Second Empire. Toute en pierre de taille, son architecture néo-classique est coiffée d’une toiture en ardoise et zinc ouvragé à longs pans brisés aux pavillons d’angle couronnés de dômes pentus avec épis de faîtage. Surélevé en sous-sol, le rez-de-chaussée accueille la clientèle alors que l’étage noble héberge sous une belle hauteur de plafond bureaux et salons, dotés de cheminées. Bien que vastes, les combles servent très peu. Dans les années 1960, tandis que la halle marchande voisine cède la place à un marché-parking en hélice construit par Georges Candilis, l’institution bancaire s’agrandit à deux reprises le long de la rue du Canard, d’abord de plain-pied puis sur deux étages. En 1976, son cœur de parcelle est à son tour bâti. Inscrite depuis à l’inventaire des monuments historiques, la construction originelle tient dès lors de paravent décoratif à des bâtiments utilitaires dépourvus de tout intérêt architectural.

Architecture de substitution

Une fois amortie la crise financière de 2008, la banque met en œuvre son projet de rénovation lourde de son site toulousain, confié à Taillandier Architectes Associés. Il prévoit de n’en conserver que l’immeuble d’origine et d’ériger, en lieu et place des divers ajouts successifs latéraux et arrière, une véritable extension afin que le nouvel ensemble puisse accueillir dignement non seulement une agence bancaire, les bureaux et services du siège régional ainsi que l’espace d’exposition de la fondation d’entreprise. Cet agrandissement très conséquent s’organise en anneau autour d’un généreux patio central – couvert à rez-de-chaussée d’une belle verrière de sorte à faire bénéficier de la lumière du jour un vaste espace modulable et polyvalent de la fondation (350 m²), de plain-pied avec la rue du Languedoc. L’existant se voit restructurer par quatre planchers mixtes (Dofradal® d’Arcelor) deux fois plus légers que les dalles traditionnelles permettant d’y engendrer désormais cinq niveaux dont les quatre premiers jouissent de 2,85 m sous-plafond dans les bureaux – exception faite des îlots acoustiques avec éclairage incorporé suspendus et du débord du soffite du plafond technique de la circulation (2,20 m hsp). Longeant la façade arrière, cette dernière dessert l’aile de l’extension qui lui est adossée dont les prédalles reposent sur des poteaux en béton brut lasuré apparent espacés de 3,50 m. Sur une trame de 1,75 m, les châssis acier inox du mur-rideau sur cour alternent vitrages toute hauteur et volets de ventilation naturelle à soufflet (15%) avec recouvrement latéral. Le couloir courant le long de la façade en vis-à-vis éclaire ainsi fort convenablement en second jour les bureaux de l’aile arrière délimités par de sobres cloisons vitrées. Mettant à projet une faille entre immeubles mitoyens, une seconde cour – démarrant au 1er étage – ouvre au couchant une réjouissante perspective sur les hôtels particuliers environnants et leurs toitures de terre cuite.

Architecture de distinction

Avec l’aval de l’architecte des Bâtiments de France, Pierre-Louis Taillandier « enchâsse » telle une pierre précieuse l’enveloppe pré-existante – toute en pierre et zinc ouvragés – entre deux façades métalliques à priori aveugles et minimalistes. Mais au gré de l’activité interne et de l’ensoleillement extérieur, les deux surfaces s’animent en s’ouvrant sur la vile : constitués d’une âme de mousse aluminium prise en sandwich entre deux plaques d’inox microbillé – « dévoré » aléatoirement au jet d’eau dans leur épaisseur -, une multitude de volets tout étage aux découpes emboitées révèlent à l’arrière les vitrages continus des locaux dont il cadrent les vues. Les caillebotis en nez-de dalles esquivent au regard les bras articulés et la motorisation de chacun de ces sculpturaux pare-soleil piloté par un cinémomètre qui les referme automatiquement dès lors que le vent dépasse les 30 km/h. Mais rassurez-vous, les bureaux et salles de réunion qu’ils ombragent ne sont pas pour autant plongés dans l’obscurité ni même la pénombre car les motifs qui les cisèlent laissent filtrer suffisamment de jour naturel pour que les occupants y travaillent sans recours à un éclairage artificiel. D’ailleurs, ce qui fascine le plus durant la visite c’est ce jeu très subtil qu’entretient ici l’architecture – et son auteur – avec la lumière extérieure. Modérément éclairés par les quelques chien-assis et oculus ajourant leurs brisis pentus côtés rues (ouest et sud), les salons, salles de formation et de conseil ayant réinvesti les anciens combles du 4ème étage jouissent astucieusement d’apports lumineux complémentaires grâce aux vitrages et verrières de la circulation du 5ème étage (rajouté côté atrium) qui traverse leur charpente.

Il est rassurant de constater que le patrimoine hérité du passé – plus ou moins proche – puisse continuer à vivre en s’enrichissant de nouveaux apports architecturaux contemporains enfin assumés comme l’Espagne voisine nous le prouve depuis plusieurs décennies !

Texte du journaliste d'architecture Lionel Blaisse

Photographie : Stéphane Chalmeau | Thomas Cecconi

Plan de situation Siège Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées Toulouse 31
Plan de Masse Siège Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées Toulouse 31
Plan RDC Siège Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées Toulouse 31
Coupe Longitudinale Siège Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées Toulouse 31
Coupe transversale Siège Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées Toulouse 31